Je me xplique (prononcer "ks-plique", sinon c'est pas quiphant ça fait la fille qu'écrit en texto, ce qui n'est pas mon cas). Situons la scène. Nous sommes le mardi vingt-sept janvier de l'an de Grâce deux mil neuf. La nuit vient de tomber, il est environ vêpre (pour ceux qui l'ignoreraient, vêpre vient du latin "vespera" qui signifie le soir, et est généralement situé entre 17 et 19h). Un bus carburant au pétrole (on ne peut pas tout avoir) nous mène, ma cousine et moi-même, vers notre maisonnée. Je tourne le dos à la route mais fais face à Lise. Derrière moi, le pare-brise, le conducteur.
Il fait nuit, donc, et nous passons à côté des archives. Pour les ignares casaniers qui n'auraient jamais été à Rennes ou ne seraient jamais passés à côté des archives départementales d'Ille et Vilaine, sachez que la petite route qui les borde, sur le côté droit, est réservée aux bus. Son accès en est gardé d'un côté par deux barrières (une à chaque extremité de la portion de chemin) qui portent les mentions suivantes : "SENS INTERDIT" (figurez-vous un gros rond rouge, traversé horizontalement d'une ligne blanche épaisse. Vous y êtes), "Sauf véhicules autorisés" (comprenez donc BUS), "Obstacle infranchissable" (vraiment au cas où le con qui n'en a rien à foutre du sens interdit prendrait la peine de lire les petits caractères au bas du contrat). Si vous vous imaginez bien tout, si vous êtes doués en représentation mentale, bravo. Sinon, dommage. Vous irez vérifier vous-même, du coup. Quant à l'autre côté, celui qui n'est pas ceint de barrières, il est percé de deux trous rectangulaires, un à chaque extremité là aussi. Ces trous font environ 20 cm de profondeur, le fond en est sablé. Ne me demandez pas la largeur, je n'en ai aucune idée. Ils sont assez larges cependant pour qu'une voiture soit incapable de rouler dessus sans risquer de tomber dedans (à moins de passer très, très droit, en rasant le précipice).
Nous voilà donc, cheminant. La nuit est claire, il a arrêté de pleuvoir. Nous devisons gaîement, tout à la joie de la journée finie. Dos à la route, je n'y prête évidemment pas attention. J'aurais dû.
Le chauffeur arrête son bus. Un grand rire le prend (sans aucune critique à caractère racial là dedans, je souligne que le chauffeur est noir, et qu'il a le rire relativement caractéristique et très contagieux de beaucoup de personnes noires). Du coup, toutes les têtes (féminines, pas d'hommes dans le bus) se tournent vers l'avant. Oui, oui. Devant nous, un abruti a songé qu'il pouvait passer outre l'obstacle. Sous les yeux du chauffeur médusé, il a donc tenté de s'engager, puis, voyant l'obstacle, il a voulu virer à gauche (ce côté de la route étant délimité par un muret derrière lequel il y a un marécage, assez rempli en ce moment). L'Abruti (nous l'appelerons donc ainsi) a donc vu sa voiture plonger dans le trou roue avant droite la première. Il y gît tel le gisant. La voiture pique du nez. Le chauffeur contrôle ses larmes (de rire), arrête le moteur et descend du bus pour lui prêter main forte. Pendant une vingtaine de minutes, l'Abruti va tout essayer pour sortir sa Titine de cette situation périlleuse. Il tente d'abord de reculer, reculer, reeeeculer... Il use sa gomme inutilement. Puis il met sa roue de secours à l'arrière de sa roue arrière gauche (au cas où ça ne serait pas clair, nous pensons, mais c'est notre opinion de femmes qui n'y connaissons rien et observons tout depuis le bus, qu'il tentait ainsi de faire contre-poids, pour qu'en reculant la roue monte sur la roue de secours, mais du coup la logique de sa technique reste incompréhensible). Plus tard il essaiera le coup du crick. Je ne suis pas experte en voitures ou en dépannage, mais j'aurais eu tendance à penser qu'il fallait soulever l'AVANT, qui est prise à droite dans le trou, plutôt que l'arrière, qui va très bien sur la terme ferme. Il semble que nos cerveaux ne fonctionnent pas pareil. L'Abruti met son crick à l'arrière gauche. Du coup j'aurais là tendance à penser que ça ferait pencher la voiture ENCORE PLUS vers l'avant. Mais c'est une simple opinion. Il semble qu'à ce moment, l'Abruti susnommé ait eu la même réflexion, puisqu'il abandonne l'idée.
Le chauffeur est quant à lui bien vite revenu à son siège, histoire de "lui donner une bonne leçon". Nous lui suggérons de reculer histoire de faire le tour des archives par l'autre côté. Chose plus simple à dire qu'à faire. Car visualisez le chemin : courbé. Mouillé. Débouchant sur un rond-point (je vous attends, allez tester le tour du rond-point en marche arrière avec un bus). Et justement : avec un BUS. Une marche arrière en bus sur quarante mètres, c'est terrible. Surtout quand il y en a un autre derrière (oui, ça fait vingt minutes qu'on attend, du coup il y a un 16 derrière nous, et de l'autre côté de la portion de route infranchissable, il y a un 16 suivi d'un 52 suivi d'un 68...). Nous reculons donc sur 15 mètres avant d'être coincés. Quand soudain, nous tournons la tête. À la stupéfaction générale, l'Abruti, que nous pensions perdu, est sorti de son trou ! Comment, mystère. Probablement en marche avant car du coup il se retrouve coincé sur la portion de route. Entre les deux trous. Un gentil cycliste (que nous appellerons le Gentil Cycliste) est descendu de son vélo au tout début de la scène (soit juste après l'accident) pour lui prêter main forte. À ce moment-là, son rôle devient celui d'un copilote. Il se met devant la voiture sauvée du trou pour signaler à son chauffeur (qui n'est autre que l'Abruti, vous suivez ?) s'il est bien droit par rapport aux bords du trou. La frayeur nous prend. C'est qu'il est bien capable de retomber dedans aussitôt sorti !
Il faudra cinq minutes pour que l'Abruti, aidé de monsieur Gentil Cycliste, parvienne à trouver la bonne direction des pneus afin de repasser sans encombre dans l'autre sens, vers la Liberté.
On pourrait ainsi croire que nous avons perdu 30 minutes. Que nenni. Nenni point. Car pendant ces trente minutes, le rire ne nous a point quittés, tous autant que nous sommes, tant était cocasse la situation.
La morale de cette histoire : j'en vois deux. Un : si votre bus est en retard, c'est pas forcément de sa faute. L'Abruti était peut-être dans les parrages. Deux : quand c'est marqué SENS INTERDIT, cherchez pas.
Il fait nuit, donc, et nous passons à côté des archives. Pour les ignares casaniers qui n'auraient jamais été à Rennes ou ne seraient jamais passés à côté des archives départementales d'Ille et Vilaine, sachez que la petite route qui les borde, sur le côté droit, est réservée aux bus. Son accès en est gardé d'un côté par deux barrières (une à chaque extremité de la portion de chemin) qui portent les mentions suivantes : "SENS INTERDIT" (figurez-vous un gros rond rouge, traversé horizontalement d'une ligne blanche épaisse. Vous y êtes), "Sauf véhicules autorisés" (comprenez donc BUS), "Obstacle infranchissable" (vraiment au cas où le con qui n'en a rien à foutre du sens interdit prendrait la peine de lire les petits caractères au bas du contrat). Si vous vous imaginez bien tout, si vous êtes doués en représentation mentale, bravo. Sinon, dommage. Vous irez vérifier vous-même, du coup. Quant à l'autre côté, celui qui n'est pas ceint de barrières, il est percé de deux trous rectangulaires, un à chaque extremité là aussi. Ces trous font environ 20 cm de profondeur, le fond en est sablé. Ne me demandez pas la largeur, je n'en ai aucune idée. Ils sont assez larges cependant pour qu'une voiture soit incapable de rouler dessus sans risquer de tomber dedans (à moins de passer très, très droit, en rasant le précipice).
Nous voilà donc, cheminant. La nuit est claire, il a arrêté de pleuvoir. Nous devisons gaîement, tout à la joie de la journée finie. Dos à la route, je n'y prête évidemment pas attention. J'aurais dû.
Le chauffeur arrête son bus. Un grand rire le prend (sans aucune critique à caractère racial là dedans, je souligne que le chauffeur est noir, et qu'il a le rire relativement caractéristique et très contagieux de beaucoup de personnes noires). Du coup, toutes les têtes (féminines, pas d'hommes dans le bus) se tournent vers l'avant. Oui, oui. Devant nous, un abruti a songé qu'il pouvait passer outre l'obstacle. Sous les yeux du chauffeur médusé, il a donc tenté de s'engager, puis, voyant l'obstacle, il a voulu virer à gauche (ce côté de la route étant délimité par un muret derrière lequel il y a un marécage, assez rempli en ce moment). L'Abruti (nous l'appelerons donc ainsi) a donc vu sa voiture plonger dans le trou roue avant droite la première. Il y gît tel le gisant. La voiture pique du nez. Le chauffeur contrôle ses larmes (de rire), arrête le moteur et descend du bus pour lui prêter main forte. Pendant une vingtaine de minutes, l'Abruti va tout essayer pour sortir sa Titine de cette situation périlleuse. Il tente d'abord de reculer, reculer, reeeeculer... Il use sa gomme inutilement. Puis il met sa roue de secours à l'arrière de sa roue arrière gauche (au cas où ça ne serait pas clair, nous pensons, mais c'est notre opinion de femmes qui n'y connaissons rien et observons tout depuis le bus, qu'il tentait ainsi de faire contre-poids, pour qu'en reculant la roue monte sur la roue de secours, mais du coup la logique de sa technique reste incompréhensible). Plus tard il essaiera le coup du crick. Je ne suis pas experte en voitures ou en dépannage, mais j'aurais eu tendance à penser qu'il fallait soulever l'AVANT, qui est prise à droite dans le trou, plutôt que l'arrière, qui va très bien sur la terme ferme. Il semble que nos cerveaux ne fonctionnent pas pareil. L'Abruti met son crick à l'arrière gauche. Du coup j'aurais là tendance à penser que ça ferait pencher la voiture ENCORE PLUS vers l'avant. Mais c'est une simple opinion. Il semble qu'à ce moment, l'Abruti susnommé ait eu la même réflexion, puisqu'il abandonne l'idée.
Le chauffeur est quant à lui bien vite revenu à son siège, histoire de "lui donner une bonne leçon". Nous lui suggérons de reculer histoire de faire le tour des archives par l'autre côté. Chose plus simple à dire qu'à faire. Car visualisez le chemin : courbé. Mouillé. Débouchant sur un rond-point (je vous attends, allez tester le tour du rond-point en marche arrière avec un bus). Et justement : avec un BUS. Une marche arrière en bus sur quarante mètres, c'est terrible. Surtout quand il y en a un autre derrière (oui, ça fait vingt minutes qu'on attend, du coup il y a un 16 derrière nous, et de l'autre côté de la portion de route infranchissable, il y a un 16 suivi d'un 52 suivi d'un 68...). Nous reculons donc sur 15 mètres avant d'être coincés. Quand soudain, nous tournons la tête. À la stupéfaction générale, l'Abruti, que nous pensions perdu, est sorti de son trou ! Comment, mystère. Probablement en marche avant car du coup il se retrouve coincé sur la portion de route. Entre les deux trous. Un gentil cycliste (que nous appellerons le Gentil Cycliste) est descendu de son vélo au tout début de la scène (soit juste après l'accident) pour lui prêter main forte. À ce moment-là, son rôle devient celui d'un copilote. Il se met devant la voiture sauvée du trou pour signaler à son chauffeur (qui n'est autre que l'Abruti, vous suivez ?) s'il est bien droit par rapport aux bords du trou. La frayeur nous prend. C'est qu'il est bien capable de retomber dedans aussitôt sorti !
Il faudra cinq minutes pour que l'Abruti, aidé de monsieur Gentil Cycliste, parvienne à trouver la bonne direction des pneus afin de repasser sans encombre dans l'autre sens, vers la Liberté.
On pourrait ainsi croire que nous avons perdu 30 minutes. Que nenni. Nenni point. Car pendant ces trente minutes, le rire ne nous a point quittés, tous autant que nous sommes, tant était cocasse la situation.
La morale de cette histoire : j'en vois deux. Un : si votre bus est en retard, c'est pas forcément de sa faute. L'Abruti était peut-être dans les parrages. Deux : quand c'est marqué SENS INTERDIT, cherchez pas.

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